Voici mon CR. Comme vous avez tous déjà raconté le déroulement et la super
ambiance qu'il y a eu lors de ce week-end, je me focalise plus sur
l'aspect circuit.


On y est ! Le circuit d'Issoire. Putain, depuis le temps que j'en avais
envie. On décharge la Fazer, on prépare la bête (on enlève tout ce qui
dépasse). L'ambiance monte. Et ça commence. Le briefing.

"Le circuit est comme ça. Ya des virages là, là et là.".
Ouais ok, mais c'est quand qu'on met gaz ?
"On va faire 2 groupes, les débutants et les perfectionnements."
Et c'est quand qu'on met gaz ?
"On va d'abord travailler la position et les trajectoires."
Ah ? Alors on met pas gaz tout de suite ?! Merde !
"On va commencer par faire quelques tours de reconnaissance du circuit"
Gaz !
"Pas le droit de doubler, suivez le prof"
Shit !

Hop sur la moto, vite en place (juste derrière le Stéphane, qué fayot c'ui
là!). Bon, les perfectionnements passent devant et ça y est, Stéphane
démarre. Je m'élance à sa suite. Moment de pur bonheur, où l'instant
attendu depuis des semaines est là. Je suis sur le circuit d'Issoire.
Devant moi Stéphane Coutelle sur une MV Agusta F4 dessine des courbes
d'une grâce aussi enchanteresse que la mélodie distillée par sa machine.
C'est beau. Je me laisse porter par ma petite machine à la suite de ce
couple divin.
Bon, c'est beau 2 tours mais après je trouve qu'il se traîne grave la bite
Stéphane Coutelle sur sa chiotte qu'avance pas ! Quand c'est qu'on met gaz
?

C'est pas pour tout de suite petit scarabée ! On rejoint notre demi
circuit, l'autre moitié étant pour les perfectionnements. La zone de
travail est un long droite pas compliqué, mais très bien pour les
débutants que nous sommes. Stéphane nous explique la position "déhanchée",
autrement appelée position du crapaud qu'a mal aux couilles. Puis on va
reconnaître le virage à pied. Il place les cônes, explique la trajectoire.
Et nous montre. Mazette, comme c'est beau. Coutelle et la F4, ça touche au
sublime. "Bon, c'est à vous !"
Ouais, bien sûr. Imaginez: vous assistez à un défilé de mannequins, de
superbes créatures dans leurs habits de lumière passent et repassent
devant vous. Puis on vous file un jean crade et un T-shirt troué et on
vous dit "C'est à vous !"

Comme on est venu pour ça on y va. On tente vaguement d'appliquer les
consignes. On sort une demi fesse, puis une fesse. Plus tard Stéphane le
poète précisera : "Faut plus déhancher, le trou de balle doit être dehors
!" A la fin du week-end j'aurais compris que sur la Fazer faut avoir les
deux fesses dehors ainsi qu'une bonne partie de la cuisse extérieure !
On fait des passages en demi groupe. Stéphane nous regarde et nous indique
ce qu'il faut corriger. Heureusement que le cerveau assistant Guilhen est
là pour se rappeler des critiques, car Stéphane ne se souvient pas
toujours de qui a fait quoi. Pour moi le problème c'est que je ne déhanche
pas suffisamment. Coté trajectoire et freinage ça va.

Pause déjeuner. C'est quand qu'on met gaz ?

Retour sur le circuit pour travailler le (putain de) virage serré à droite
suivi du long gauche qui commande la ligne droite. C'est déjà moins facile
que le matin, car nettement plus technique. Stéphane nous fait quelques
passages. J'ai déjà dit que c'était beau ? Pas assez je crois : c'est
vraiment beau ! Puis on y va tous. On doit rouler l'un après l'autre dans
la roue de Stéphane pour voir la trajectoire. En fait on va tourner un
moment tout seuls car Stéphane a déjà usé la moto, il lui en faut une
autre. Donc nous on tourne, on tourne. On tente d'appliquer les conseils.
Puis un sale type en Ducat' viole le pacte de non-agression : il me passe.
Putaing ! Je reste calme, et je reste derrière... 2 tours. Mais après je
reprends ma place parce que merde faut pas exagérer non plus !

Plus tard, après leur avoir montrer comment fallait faire sur notre zone,
on échange de demi circuit avec les perfectionnements. On va maintenant
travailler la partie rapide et surtout le double droite qui suit la ligne
droite. On va enfin pouvoir ouvrir un peu. Tout d'abord reconnaissance du
virage à pied et conseils sur la trajectoire à la mord moi l'nœud. Y'a 2
points de corde et entre les deux il faut viser le champ (certains iront
d'ailleurs y faire un tour).
Bon, lors des premiers passages on prend les freins avant le panneau des
200 m, puis on est à l'arrêt dans le virage, donc regaz, puis on est trop
vite, freinage, re-gaz, freinage... hum, belle trajectoire à facettes !
Mais petit à petit ça vient. J'arrive à reculer le freinage jusqu'au
panneau 150 m (vitesse : 200km/h), je pige la trajectoire, mais le slider
touche encore trop irrégulièrement. J'applique au maximum les conseils de
Stéphane, sauf les coups de gaz au rétrogradage. Mes quelques tentatives
démontrent de façon évidente que cela est totalement impossible, c'est
probablement une histoire inventée juste pour impressionner les débutants
!

Puis pour terminer cette première journée, on va pouvoir vraiment mettre
gaz : on va tourner sur le circuit complet avec notre groupe. On a le
droit de doubler mais gentiment (ne pas faire peur à l'autre).
BANZAIIIII. Je me lâche. Je passe tous les rapports après 12000 tr/mn, dès
le moindre bout droit j'ai le nez dans la bulle, et je déhanche tout ce
que je peux (c'est à dire pas grand chose en fait !). Je double plein de
motos. Que ce soit à l'aspi dans la ligne droite, au freinage après le pif
paf ou en faisant l'exter, c'est trop bon. Je suis en plein championnat du
monde. Je me retourne pas mais je sais que Rossi est juste derrière moi et
attend une erreur de ma part. Et malheureusement je loupe un rapport et me
retrouve à la ramasse au freinage du (putain de) virage serré avant la
ligne droite. Là Rossi, Biaggi et Capirossi que je venais de doubler, me
repassent. Les salauds ! Heureusement la ligne droite me permet de régler
ce léger différent et de moucher ces prétentieux.
Au fil des tours je tente de reculer mon freinage en bout de ligne droite.
J'en ai discuté avec Pierre avant la session, il me dit qu'il freine entre
100 et 50 m. Putain, j'ai beau essayé, à 210 km/h je n'arrive pas à
prendre les freins après le panneau 150 m. Il a de sacrées grosses
couilles ce Pierre quand même !
Enfin la session se termine. Telle une fin de course Christian Haquin
agite le drapeau à damier juste à mon passage, on s'y croirait.
Au tour suivant je rejoins les stands, heureux. Quelle splendide journée !

Deuxième journée. Nous voilà de retour sur le circuit. Je hume l'air frais
et savoure ce calme, précaire. La vue de toutes ces belles machines ne
laisse aucun doute sur la tempête qui va se déchaîner !

Au programme : roulage sur le circuit complet par demi-groupe, débutants
et perfectionnements. Plusieurs personnes me poussent à passer dans le
groupe des perfs mais j'hésite. Je suis effectivement le plus rapide des
débutants mais coté technique c'est pas ça. Et j'imagine les perfs un
niveau au-dessus.
Comme par ailleurs certains perfs voudraient tourner avec les débutants,
je jète un regard interrogateur à Stéphane. Il me dit que si je veux y'a
pas de problème. Bon ok, je pars avec les perfs.

Un ou deux tours de chauffe et c'est parti. Apparemment il faut plus
longtemps à ceux qui me précèdent pour se réveiller car je les passe sans
trop de difficulté.
Et me voici derrière Christian Haquin. Ah, j'ai peur que là ce ne soit pas
la même histoire. Il roule au rythme de celui que je viens de doubler et
je le suis sans réel problème. Je constate que nous n'avons pas le même
style. Lui serait plutôt du genre propre, efficace et beau. Moi, euh
comment dire … plutôt sans aucun style !
Je le colle un peu et il augmente légèrement le rythme. Je suis toujours.
Je tente d'appliquer les conseils de la veille et il semble que la nuit a
été bénéfique, le slider se pose plus souvent et plus longtemps. C'est le
pied ! C'est vraiment fantastique de suivre un pro. Pouvoir bénéficier de
toute cette expérience est un cadeau dont je ne perds pas une miette.
J'observe et tente de coller à sa trajectoire.
Dans le bout droit avant le (putain de) virage serré à droite, nous
rattrapons un attardé. Christian attend et le passe à l'extérieur dans le
gauche avant la ligne droite. Je lui colle à la roue et me rend compte
avec surprise que je pourrais le passer. Une seconde d'hésitation à me
dire "Oh, t'es un bleu ! Pète pas plus haut que ton cul. L'extraterrestre
devant il en mange 10 comme toi à son petit déj … " Justement, ce serait
trop bon !!! Je me déporte et je mets gaz en grand ! Je remonte petit à
petit au niveau de sa roue arrière. Mais la ligne droite se termine et la
question devient "Dit gamin, t'es sûr que tu veux te tenter de passer
Christian Haquin au freinage ?" Pas besoin d'une microseconde pour
répondre, je lâche les gaz, me place derrière lui et prend les freins. Lui
aussi, au moins 100 m plus loin ! On passe le double droite et il se
décide à passer la seconde. Je vois partir un missile balistique que
j'essaye vainement de suivre. Après avoir pris deux ou trois virages
complètement en vrac, je me calme et reprends le rythme précédent. "Ouais,
c'est bien un extraterrestre !".
Mais malheureusement quelques tours plus tard nous sommes arrêtés par le
drapeau rouge. Un accident a eu lieu. Le médecin et l'infirmière sont sur
place. Pendant plusieurs minutes nous n'avons pas de nouvelles et le
pilote ne s'est toujours pas relevé. Puis Christian Haquin qui était sur
place revient aux stands nous dire "Ca va". C'est pas un bilan hyper
précis mais au moins on ne craint plus le pire. Il s'avèrera par la suite
que Claude s'est brisé une clavicule et 4 côtes, et a bien amoché sa
Multistrada.

Notre médecin étant parti à l'hôpital et cet épisode ayant calmé beaucoup
de monde, nous passerons le reste de la matinée à faire une séance
réglages. Stéphane et Christian vont nous délivrer les secrets du réglage
des suspensions. Extrêmement instructif. Christian me permettra de
constater que ma machine est une grosse merde ! C'est beaucoup trop mou et
ce n'est pas réglable. Ouais, autant la foutre dans le champ quoi !

Puis ce sera la pause repas. Nous fêterons l'âge respectable (40 ans) de
Xavier le GO (Grand Organisateur), ainsi que la dernière année (29 ans) de
Guilhen chez les JC (Jeunes Cons).

Retour à la piste. Il est décidé de faire des essais libres l'après-midi,
après que les débutants aient fait la session qu'ils n'avaient pu faire le
matin. Le drapeau à damier sera agité toutes les 20 minutes histoire de ne
pas rester trop longtemps sur la piste. En fait la chaleur accablante aura
raison de chacun de nous bien avant les 20 mn.

Personnellement je fais des séances d'environ un quart d'heure, et des
pauses très longues où je m'arrose copieusement la tête et le torse pour
me rafraîchir. Je regarde les autres avec intérêt. C'est fou comme on voit
bien les erreurs des autres et pas tellement les siennes !
Mash se tire la bourre avec quelques autres. Il a du mal à passer avec sa
petite 250 cm3. Mais ce con ne se cache pas derrière sa bulle après le
double droite.
Bruno à une machine qui fait un bruit terrible. Par contre sa machine a un
pilote qui déhanche pas terrible !
Isa est droite comme un I.
La TT pousse des hurlements du diable entre les mains de Kristell.
Marc à une Daytona de 60 chevaux.
Pierre roule sur une catapulte, Thomas sur un missile, Stéphane et
Christian sur des soucoupes volantes (normal !)


Lors d'une pause Bruno se prépare à repartir. Il me lance un truc du genre
"tu viens te faire pourrir ?". Je le laisse s'échauffer un peu le temps de
boire un coup et de m'habiller, puis me place sur la voie d'accès. Il
passe et je m'élance. Je le recolle. Je regarde ses trajectoires et
cherche un moment opportun pour le passer. J'aimerais bien lui faire un
extérieur ou un freinage. Malheureusement je ne prends pas les freins
suffisamment plus loin que lui, et en courbe nos vitesses de passage sont
proches. A la réaccélaration ce n'est même pas la peine, j'ai beaucoup de
mal à suivre son tracteur à ce moment là.
Après quelques tours je me résigne, ce sera en ligne droite. On est roue
dans roue dans le droite serré. A la réaccélération dans le gauche je le
lâche pas, puis profite un peu de l'aspi dans la ligne droite et déboîte
sur sa droite.
Moi et mes 95 chevaux on arrive sans soucis à le doubler lui et son
tracteur, mais c'est sans gloire. Je le salue d'un geste amical majeur
tendu, puis me rabats et freine après le panneau 150 m. Ecœuré par une si
grande maîtrise de la poignée des gaz, il rejoindra rapidement les stands
la queue basse.
De mon coté je continue. Je travaille le déhanché et le freinage. Je ne
freine maintenant qu'au panneau 100 m après la ligne droite. Je sais que
je peux encore progresser car je remets toujours du gaz pour rejoindre le
premier point de corde. Le problème c'est que j'ai pas les couilles,
probablement la frayeur d'hier.

Petit flash-back : la veille à la fin d'une séance où l'on travaillait le
double droite Stéphane nous fait signe de nous arréter au prochain tour.
L'arrêt se faisant dans le prolongement de la ligne droite, je me dis
"puisqu'on s'arrête dans l'axe, je vais travailler mon freinage".
Stéphane a dit : "tu prends les freins pour mettre en contact les
plaquettes, ensuite tu peux freiner aussi fort que tu veux, tu bloqueras
pas la roue". Fort de ces conseils avisés, je mets gaz dans la ligne
droite et atteint 200 km/h. Au panneau 200 m (car il vaut mieux avoir un
peu de marge), je prends les freins tel un pitbull enragé. Putain, la roue
avant se bloque !!! Le temps de réagir et de relâcher j'ai fait au moins
50 m roue bloquée. C'te peur ! Je m'arrête et lance à Stéphane "je croyais
qu'on pouvait pas bloquer ?!" Il me rappelle la procédure et je constate
que j'ai juste oublié la première étape, mettre les plaquettes au contact
… le con !

Les chronos indiquent que je boucle le tour en 1'16, aussi vite que les
plus rapides des perfs. Je suis plutôt content. Pourtant je sais que j'ai
encore de la marge au freinage. Je retourne donc une dernière fois sur la
piste. Je veille à appliquer les conseils pour le déhanché. Je fais des
freinages de plus en plus appuyés, mais n'arrive pas à freiner après le
panneau 100 m. Sur tous les autres virages je recule mon freinage. Puis
arrive le putain de virage serré à droite. Je freine fort, et incline la
moto sans relâcher la poignée de frein. La sanction est immédiate, la roue
avant se bloque et se dérobe. Me voilà glissant sur la piste, "Et merde
!". Bien que tout se passe très vite, j'ai le temps de me dire que c'est
très confortable de chuter avec une bonne combinaison. C'est vrai qu'il
n'y a pas énormément de différence d'altitude entre déhanché prenant le
virage, et couché ayant loupé le virage !
Une fois arrêté, je me relève rapidement et tend les bras en l'air pour
indiquer que tout va bien. Christian me rejoint. Suivent Stéphane, Thomas,
le médecin… Je n'ai mal nulle part. J'explique que je n'ai pas relâché les
freins. Thomas dira que mes pneus (Michelin Pilot Sport) ne sont pas
terribles, pour me réconforter je pense car mon erreur est flagrante.
La moto est abîmée mais pas trop gravement semble t'il. Bulle cassée, pot
arraché, guidon tordu, réservoir enfoncé, plus de cale pied à droite ni de
poignée de frein. Ils pensent la ramener en roulant, donc j'insiste pour
le faire moi-même. Je prendrais la ligne droite sensiblement moins vite
que les tours précédents.

Au final j'aurais passé un week-end génial. Sans ma chute il aurait été
parfait, mais je ne suis pas le plus malchanceux. J'ai une pensée pour
Claude. FF aussi a couché sa moto sans dommage pour lui. Par ailleurs, une
question que je me pose toujours, y'a t'il un autre moyen de connaître la
limite du freinage sur l'angle sans tomber ?
En tous cas, merci beaucoup a Xav' d'avoir organisé ce week-end. Et merci
a Stéphane et Christian pour leurs conseils, leur patience et leur écoute.
Quand on a un tel niveau c'est vraiment bien de prendre le temps
d'enseigner aux débutants.

Benoit, prêt à remettre gaz !
PS: CR à déguster saupoudré de smileys