Pierre ...


Pour moi la moto c'est tout un univers, mais d'abord plein de souvenirs, et ca remonte vraiment loin.

Alors je vais essayer de vous exprimer cela en quelques "flash-back".

1970 : J'ai 7 ans et depuis que je sais lire je dévore tout ce qui passe à portée de main. Ce que je préfère c'est les Moto-Revue de mon père : ils ont une couverture toute rouge avec une grande photo en noir et blanc ronde au milieu. Souvent c'est une photo d'une course, on voit des pilotes tout en cuir noir avec un casque bol, ils sont allongés sur des motos toutes frêles.


A l'intérieur il y a le récit de ces courses, les pilotes s'appellent Agostini, Read, Findlay, Saarinen, Pasolini et les circuits portent des noms magiques aujourd'hui disparus : Charade, Monza, Assen, Brno, Opatija, Montjuich ... Il y a aussi des essais de motos très complets avec des schémas techniques et des dessins éclatés de moteurs absolument fabuleux.

1974 : J'ai 11 ans et je rentre en 6ème au collège. Mon père, qui a récemment remplacé sa Norton 88 par une 750 Commando Fastback avec laquelle il va au boulot, décide qu'il n'y a pas de raison de ne pas continuer : il m'emmènera au collège à moto ! Le matin 7 h 30 : on descend au garage, il en sort la bête. Titillage des carbus Amal pour faire arriver l'essence, il déplie le kick et saute dessus de tout son poids. Première fois, rien. Deuxième fois, un toussotement. Troisième fois, BROOOAAAAPP !! Ca y est, les mégaphones réveillent le quartier. Je grimpe à l'arrière et c'est parti.

J'ai intérêt à bien m'accrocher à la veste de cuir de mon père parce que le coup de pied au cul du twin anglais c'est pas rien. Après un quart d'heure on arrive au collège, mes copains sont éberlués : "Tu fais de la moto, c'est super !". Je réponds, fier comme Artaban : "Ouais, la moto c'est super ..."

1979 : Ma première moto, une Yamaha 125 RDX, et mon premier Moto Journal ! 20 ans déjà ...

1981 : Après un an et demi sur une Honda 125 Twin, une fabuleuse petite moto dont le bicylindre 4 temps prenait 13.000 tours sans broncher, je passe le permis, à l'époque ça s'appelait permis A3. Je revends la 125, mon père rajoute un peu d'argent et on trouve pour 5.000 balles une vieille Honda 750 Four : la vraie, avec son moteur qui sort du cadre par tous les côtés et ses 4 pots d'échappement chromés. Quand je monte dessus j'ai l'impression de chevaucher un monstre, et si je tourne trop vite la poignée droite j'ai l'impression que les 67 chevaux du moteur m'arrachent les bras !

1987 : une occase m'attire l'oeil : une 900 bol d'or pour 7.000 balles. Ma femme tique un peu : "Pourquoi une deuxième moto ?" Mais je veux quelque chose de plus sportif que ma vieille 750 Four. je suis servi, et je renvoie ceux qui ne connaissent pas au numéro 900 de MJ qui a consacré un article à la Bol ! Cette excellente moto me fera 1à ans de bons et loyaux services, et fait aujourd'hui le bonhuer de mon oncle Xavier à qui je l'ai prêtée. je n'ai à ce jour revendu ni la Four ni la Bol : à quoi bon ? Et quand on voit ce que sont aujourd'hui es roadsters type 1200 Inazuma, on se demande si la moto progresse encore ...

1997 : les circonstances de la vie font que je touche un petit pactole et, avec l'accord de ma douce et tendre, je décide de fêter mes 20 années de motardise en me faisant un énorme cadeau. Et là aucune hésitation, ce sera une Ducati 916 la plus belle et la plus mythique des motos de série, avec une technologie fabuleuse, le desmo, l'injection, le monobras, et surtout avec une âme qui fait tant défaut aux japonaises. Cette moto ce n'est pas un produit industriel fabriqué en grande série et qui sera démodé au bout de 2 ans c'est un magnifique objet, fabriqué en petite série par des passionnés. Lorsque je vais la prendre chez le concessionnaire je tremble d'excitation et j'ai du mal à réaliser qu'elle est bien à moi. Comme a dit je ne sais plus qui "les hommes sont de grands enfants, seul le prix de leurs jouets change" ... Cette Ducati c'est pas "une moto" c'est "La Moto" : un moteur léger et étroit, coupleux mais vif et qui vibre juste ce qu'il faut. Une partie cycle d'une rigidité totale et d'une précision démoniaque, mais qu'il faut apprendre à maîtriser. Le tout forme un ensemble que les journaleux motos trouvent "exclusif" : c'est le mot à la mode pour dire que, à la différence de ce que font les japonais, ça n'est pas fait pour être acheté par un petit jeune qui vient de passer le permis. C'est un objet sans concessions aucune, qui se désire longtemps puis se mérite au quotidien. Ma moto, sauf très gros malheur, je ne la vendrai jamais.

1998 : on est en août, je suis à Crocomby en pleine campagne, à 70 km de Lyon. Ce matin je me réveille à 7 heures pour aller au boulot. Le soleil se lève juste au-dessus des collines et allonge les ombres des arbres. Je donne le biberon à ma petiote, je la recouche et après un rapide petit déjeuner dehors, j'enfile blouson, casque et gants. La 916 m'attend dans l'ombre tapie au fond de la grange, et j'ai bien l'impression que le phare gauche me fait un clin d'oeil. Je la sors et la fais chauffer 2 minutes, puis je pars. Au bord du petit chemin gravillonné les vaches me regardent passer d'un air bonasse. Je passe Amplepuis et attaque cette départementale que je connais par coeur. Sur la route, à 8 heures en août, il n'y a encore personne. Je traverse des villages endormis en faisant attention aux chats en goguette. Il fait frais et très légèrement humide, la carburation de la Ducati est bien meilleure qu'hier soir sous la chaleur : le moteur ronronne à bas régime et ne demande qu'à prendre des tours. Les virolos s'enchaînent entre 100 et 160 comme dans un rêve jusqu'à ce que je rejoigne l'autoroute pour les 10 derniers kilomètres. Là encore personne, alors je pousse un petit 220 pour bien décrasser les culasses. Ca y est, je rentre dans Lyon et j'arrive au bureau après 40 minutes de pur bonheur.

1999 : Avec des potes ducatistes on a décidé de louer un circuit pour se tester un peu. C'est dans quatre jours et j'ai un trac d'enfer. Mais après 20 ans de moto sur route j'ai vraiment envie de voir ce que je vaux sur piste. je serai sans doute déçu par mes performances mais je prends le risque !

La moto, même si ça a beaucoup changé et pas forcément dans le bon sens, ça reste quand même encore un truc de passionnés, et ça permet de rencontrer des gens vraiment sympas. Et si j'en fais aujourd'hui c'est grâce à mon père. Alors, pour lui, merci papa !

Voilà, c'est un peu long mais ça résume une vie de motard.

2000 : J'ai découvert les Ducati en 1997, avec l'achat de ma première moto de cette marque, une 916. Une révélation, et deux ans de bonheur absolu.

Celle-ci m'a été volée en 1999, et j'ai alors opté pour une 900 SS carbus de 1995 : aussi efficace sur route que la 916, et plus adaptée aux balades avec mon épouse.

Et pour tourner un peu sur circuit avec mes amis de la mailing-list Ducati, j'ai choisi fin 2000 ce prototype 926 Protwin : un cadre de 916 avec un moteur de 888 SP5 réalésé à 926cc et préparé.

Ducati 900 SS :

J'ai acheté cette 900 SS en décembre 1999. Dans mon esprit il ne s'agissait pas de "remplacer" la mythique 916 qui m'a été volée, car elle est irremplaçable. Non, il s'agit de continuer à rouler sur une Ducati, avec une moto un peu plus "calme" et au moins aussi attachante.

Cette moto a les caractéristiques suivantes :

modèle 1995, 28.000 km seulement (fin 2000), pots carbone F1, filtre KN et kit Dynojet, amortisseur de direction, bulle haute Ermax

 

2004 : Petite mise à jour chez le Pierrot puisque la 900 SS est partie chez un grand Guzziste :o) Quant à la 926 elle était partie aussi un peu avant chez un ancien Guzziste (et oui, ils recyclent tout chez Guzzi ;o))
A la place -bon okay, c'est pas vraiment à la place-, le Pierrot a investi dans une belle 998 S, et oui !